Parcours 24 septembre 2026

Lumière sur… Yasmina, la force du terrain

Lorsqu’elle rejoint GSF en 2016 comme agent de service, Yasmina cherche avant tout un moyen de financer ses études. Dix ans plus tard, la jeune femme de 30 ans est responsable d’exploitation. Un parcours qu’elle n’avait ni programmé ni même vraiment envisagé, construit au fil des opportunités, des rencontres et d’une confiance en elle gagnée marche après marche.

 

À l’origine, GSF devait être une parenthèse. Un travail étudiant, quelques heures chaque soir, et rien de plus. En 2016, Yasmina suit une licence Administration économique et sociale, option ressources humaines. Pour gagner en autonomie et financer ses études, elle accepte un remplacement d’été comme agent de service. L’expérience se prolonge en CDI : pendant trois ans, elle intervient chaque soir dans des blocs opératoires, tout en poursuivant son cursus universitaire. Son quotidien s’organise entre les cours, deux heures et demie de travail du lundi au vendredi et les remplacements pendant les vacances. « À ce moment-là, j’étais vraiment chez GSF pour financer mes études », se souvient-elle.

Licence en poche, son projet est d’ailleurs tout tracé : quitter l’entreprise pour poursuivre en master Ressources humaines en alternance. Mais ni l’école ni l’entreprise recherchées ne se présentent. Yasmina prévient alors son chef d’équipe de son prochain départ. L’information remonte jusqu’à Marie-Claire, sa responsable d’exploitation, qui la contacte directement. Le coup de téléphone la surprend. La proposition, encore davantage.

 

Une première porte s’ouvre

Marie-Claire lui propose de devenir cheffe d’équipe dans un centre de congrès à Nice. Yasmina hésite. Elle voulait continuer ses études. Et dans sa famille aussi, cette voie professionnelle était loin d’être celle qui avait été imaginée pour elle… Sa mère, notamment, aurait préféré la voir poursuivre son cursus. « Elle me disait : “Tu vas rester dans le ménage chez GSF ?” »

Yasmina accepte pourtant de tenter l’expérience. Et découvre rapidement que derrière la propreté se cachent des métiers bien plus larges que ce qu’elle en percevait jusque-là. Plannings, commandes, facturation, organisation des équipes, premières responsabilités managériales : le poste fait écho à une partie des enseignements suivis pendant sa licence.

Surtout, elle se plaît dans l’effervescence de l’évènementiel. Chaque événement rebat les cartes, les besoins en personnel évoluent d’un jour à l’autre, les interlocuteurs changent. Une variété qui lui convient parfaitement.

La crise sanitaire va pousser cette logique à son paroxysme lorsque le site accueille la vaccination contre le Covid-19. Certains jours, il faut mobiliser plusieurs dizaines de personnes. « C’était une machine de guerre, résume-t-elle aujourd’hui. Une période éprouvante, mais formatrice, durant laquelle j’ai appris à gérer l’urgence, les effectifs et les attentes d’un client particulièrement exigeant ».

Lorsque la fermeture du site se profile, une nouvelle étape s’ouvre. En 2022, Yasmina rejoint un établissement de santé, toujours en tant que cheffe d’équipe. Elle a 26 ans et arrive sur un site au climat social compliqué, auprès d’équipes affichant parfois une ancienneté bien supérieure à la sienne. Cette fois, le doute porte moins sur ses compétences que sur sa légitimité. « Je me demandais comment j’allais faire pour être légitime devant eux. »

 

Yasmina lorsqu'elle était agent de service

Faire ses preuves, tenue de travail comprise

Aux côtés de Diana Castillo, alors responsable d’exploitation, Yasmina participe à une remise à plat complète de l’organisation. Il faudra près d’un an et demi pour stabiliser le site. Le binôme fonctionne : « Diana apportait son expérience du management et moi ma connaissance fine de l’environnement hospitalier et des blocs opératoires. »

Cette expérience de terrain va surtout devenir son meilleur passeport auprès des équipes. Là où son âge pouvait susciter des interrogations, sa capacité à comprendre concrètement les métiers rassure. Yasmina connaît les contraintes des agents parce qu’elle les a vécues. Un réflexe qu’elle conserve encore aujourd’hui. Lorsqu’elle découvre une nouvelle exploitation, elle n’hésite pas à remettre la tenue. À Mougins, devenue responsable d’exploitation, elle a ainsi passé une journée à faire les chambres aux côtés des équipes. « J’aime travailler avec les agents pour voir ce qu’ils font, comment ils le font et où l’on peut gagner du temps », explique-t-elle.

L’objectif n’est pas de se substituer à eux, mais de comprendre avant de décider. Comment optimiser un poste ? Comment aider une cheffe d’équipe, plongée depuis des années dans la même organisation, à prendre du recul ? Son parcours lui permet de poser sur ces questions un regard à la fois opérationnel et gestionnaire. « Le fait d’avoir été agente aide énormément à comprendre ce qu’un agent ou un chef d’équipe nous demande. » Et, ajoute-t-elle, cela change aussi la façon de présenter certaines décisions. « Si on ne connaît pas le métier, les agents peuvent vite se dire : “Il ne l’a jamais fait.” »

 

Une promotion qu’elle n’avait pas osé imaginer

Après un an et demi sur son nouveau site, pourtant, Yasmina retrouve une sensation familière : elle commence à tourner en rond. L’exploitation est stabilisée, elle maîtrise son poste et assume déjà une grande partie des responsabilités du site. Des entreprises concurrentes commencent même à la solliciter. Quitter GSF ? Elle n’en a pas vraiment envie. Demander à évoluer ? Elle n’y pense pas davantage. « Je n’aurais jamais eu l’audace de dire que je voulais devenir responsable d’exploitation », reconnaît-elle. Non par faute d’envie de progresser, mais parce que la marche lui paraît inaccessible. « Je savais que je faisais bien mon travail à mon niveau, mais je me disais que c’était peut-être trop haut pour moi. »

Quelques mois plus tard, Diana lui annonce que Sébastien Martinez, directeur d’établissement, souhaite la rencontrer à l’agence. Yasmina panique immédiatement : « Je me suis dit : “Qu’est-ce que j’ai fait ? Pourtant, j’ai tout fait bien !” » Le rendez-vous est fixé trois jours plus tard. À l’agence, les sourires des collègues et les propositions de café ne suffisent pas vraiment à la détendre. Jusqu’à ce que tombe l’annonce : Diana va rejoindre une nouvelle fonction et Yasmina est choisie pour prendre sa suite comme responsable d’exploitation. « Je ne m’y attendais pas du tout. Tout le monde me disait que c’était logique, mais moi, à aucun moment je n’avais imaginé ça. » À l’automne 2024, huit ans après avoir commencé comme agent de service, elle change une nouvelle fois de dimension.

 

Découvrir l’envers du décor

Avec le poste arrivent le pilotage économique des exploitations, les chiffres, les devis, les commandes, la relation client et le management des chefs d’équipe. Yasmina connaissait une partie de ces sujets ; elle découvre désormais la responsabilité qui les accompagne. Et porte un regard amusé sur la perception qu’elle avait autrefois de ses propres responsables. « Quand j’étais sur site, je les voyais arriver avec leur voiture, boire le café et repartir. Je savais qu’ils travaillaient, bien sûr, mais je ne voyais pas tout ce qu’il y avait derrière. »

Quelques mois suffisent pour mesurer l’écart. Le métier est dense, exigeant et parfois solitaire, pris entre les attentes des clients et celles des équipes. « Au bout de trois mois, j’ai compris la fatigue des responsables d’exploitation », sourit-elle.

Dans cette prise de fonction, l’accompagnement de son directeur d’établissement et de ses collègues sera déterminant. Au début, elle fait relire ses mails, valider certains fichiers, sollicite beaucoup l’équipe de l’agence. Peu à peu, elle prend sa place. « Sébastien m’a vraiment aidée à grandir et à me positionner », souligne-t-elle.

 

Elle apprend aussi à poser ses propres limites. Longtemps, être réactive signifiait pour elle répondre immédiatement à tout. Avec l’expérience, Yasmina comprend qu’une bonne responsable d’exploitation n’est pas celle qui traite chaque demande dans la minute. « Je peux être réactive en disant au client : “Je le ferai demain.” Je lui ai répondu, je lui ai donné un délai, et ce n’est pas grave. » Une façon aussi de mieux préserver l’équilibre entre une fonction très prenante et une vie personnelle qui, elle aussi, a évolué.

 

« Au moins, j’aurai essayé »

Presque dix ans après son arrivée, Yasmina mesure parfois le chemin parcouru à travers le regard des autres. Celui de ses parents d’abord. Sceptiques lorsqu’elle avait renoncé à poursuivre ses études, ils ont vu leur fille avancer, prendre des responsabilités et construire progressivement sa carrière. « Aujourd’hui, ce dont je suis le plus fière, c’est d’avoir rendu mes parents fiers. » Celui de Marie-Claire aussi. Celle qui lui avait ouvert sa première porte en lui proposant de devenir cheffe d’équipe est aujourd’hui directrice d’établissement. Les deux femmes sont restées en contact et, lorsqu’elle lui confie être fière de son parcours, Yasmina est profondément touchée. « Je l’ai vécu comme si une maman me disait : “Je suis fière de toi.” » Ces parcours féminins comptent particulièrement pour elle. Lorsqu’elle apprend l’évolution de Diana, avant même de savoir qu’elle prendra sa succession, sa première réaction est d’ailleurs de se réjouir : « J’étais tellement fière de voir une femme évoluer. J’aime voir les femmes avancer. »

Quant à sa propre trajectoire, elle n’a rien achevé de son goût du défi. La santé reste un secteur qu’elle affectionne, mais Yasmina se verrait volontiers demain découvrir d’autres environnements, reprendre un site en difficulté ou se confronter à de nouvelles problématiques. Avec, surtout, une attitude différente de celle de la jeune femme qui estimait encore il y a deux ans que le poste de responsable d’exploitation était probablement trop haut pour elle.

« Aujourd’hui, j’essaierais davantage de franchir des portes. Il faut croire en soi. Et si on se trompe, ce n’est pas grave : au moins, on aura essayé. »

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